Maintenant je peux commencer le récit de mon voyage
1er mai départ pour la
"grande aventure"
11 H 15 départ de Saumur avec Claudine, une autre choriste pour Noyant où nous nous sommes donné rendez-vous pour partir à
Clermont-Ferrand, nous avons organisé notre covoiturage pour ne partir qu'à 7 voitures pour 28 choristes. Tout le monde est bien à l'heure. Claudette, une choriste qui ne peut pas venir nous
fait apporter par Jean, son mari, de jolis brins de muguet pour nous porter chance pendant la tournée, quelle délicate attention.
Les autres années c'est la Viva qui organisait les tournées dans les Balkans, une fois en juillet, une fois en août, mais
cette fois, ce sont nos amis des Balkans qui nous reçoivent et ils préfèrent le mois de mai car à cette période de l'année ils sont plus sûrs de remplir les salles. Cela nous prive de nos
choristes professeurs d'école ou de collège. Chantal notre chef de chœur ne peut donc pas être du voyage. Jocelyne, une autre choriste ne peut venir non plus, elle accompagne son mari pour un
"au revoir", elle a déjà fait les précédentes tournées et on voit qu'elle en a "gros sur la patate" de ne pouvoir venir, les larmes ne sont pas loin.
A midi en route pour Clermont-Ferrand. Après deux arrêts sur les aires d'autoroute nous arrivons. Là un léger problème nous
attend, nous sortons trop tôt de Clermont et nous nous paumons. Le rendez-vous est à 17 H 30 dans la cour des cars Nenot à Beaumont. Après avoir pas mal tourné et viré nous demandons notre
chemin et la personne se propose de nous escorter ce qui est vraiment sympa de sa part.
A 18 h 15 tout le monde est installé dans les cars, les gens de la Viva Auvergne et ceux de la Viva Pays de la Loire (ceux de
méditerranée nous rejoindront plus tard), nous partons pour une nuit de car. De 20 H à 21 H arrêt repos, premier pique-nique "tiré du sac" puis nous profitons des pâtisseries fabriquées par nos
amies Clermontoises. Nous reprenons le car et nous visionnons un DVD de la Viva.
Vers 23 heures, autre arrêt et changement de chauffeur. Chacun essaie de s'installer comme il le peut, les oreillers
gonflables sont de sortie. Une dame s'installe dans l'allée centrale avec une couverture de survie mais chaque fois qu'elle bouge on dirait un froissement de sacs plastiques, elle se rend
compte que c'est désagréable pour les autres et finalement elle regagne un siège. Nos amis de la Viva Med ne nous ayant pas encore rejoints il reste des places libres dans le car. Je vais dans
le fond, j'occupe deux sièges et j'arrive quand même à dormir en "pointillés"
2 mai Nous nous arrêtons sur l'aire d'autoroute de Mestre prendre notre petit déjeuner et faire un petit brin de toilette. On voit qu'on est en Italie, ça braille de partout.
Ensuite nous nous rendons à l'hôtel Holiday, nos amis de la Viva Med nous attendent, ils sont arrivés la veille au soir et eux, ont bien dormi.
Nos deux cars sont stationnés devant l'hôtel ce qui semble gêner une dame qui nous mitraille avec son appareil photos sans
doute pour se plaindre auprès de la municipalité.
Nous sommes tout près de Venise que nous ne verrons pas cette fois-ci.
Le chauffeur se présente aux nouveaux arrivants, il s'appelle Florent, une dame n'a pas compris qu'il s'agissait du chauffeur
et lui demande de se mettre debout dans l'allée pour voir qui il est, bien sûr cela fait rire tout le monde et rappelle à ceux qui ont fait les précédentes tournées, que c'étaient les
chauffeurs Bosniens qui venaient récupérer les Français (les cars français n'ayant pas droit de circuler en Bosnie), les changements de chauffeurs se faisaient en roulant et les cars étaient en
piteux état avec un système de freinage qui laissait souvent à désirer.
11 H nouvel arrêt, la station service s'appelle" VIVA", ça ne s'invente pas.
Nous traversons la Slovénie, le paysage est vallonné et verdoyant, la Slovénie ayant pris son indépendance avant les
évènements il n'y a bien sûr aucune trace de guerre, nous traversons de jolis petits villages, les constructions sont belles, les arbres fruitiers sont en fleurs et nous voyons quelques
stations de ski. J'essaie désespérément de prendre des photos mais en car ce n'est pas toujours facile, entre les reflets sur les vitres, les têtes qui bougent et le fait qu'en roulant, ce que
je veux prendre est déjà passé quand j'appuie sur le déclencheur, j'abdique rapidement.
13 H Repas pique-nique "tiré du sac" c'est à dire que le pique-nique du 1er mai au soir et celui du 2 mai midi, ont
été mis par nos soins dans nos sacs depuis le 1er mai au matin. Ce n'est plus très frais, mais bon ça passe quand même. Quelques personnes n'ont pas pris leurs précautions et
profitent de la proximité d'un restaurant pour commander un plat pour 4 personnes, elles sont 6 et trouvent encore à partager tant le plat est copieux, j'hérite ainsi d'une brochette de porc,
j'espère qu'il n'est pas du Mexique, nous sommes en pleine pandémie de grippe AH1N1. Après je commande deux cafés allongés, mais mon slovène n'est pas encore au point, je commande "two Kawas
avec long water, not suggar, not milk" si mon slovène n'est pas au point, mon anglais ne l'est pas non plus, j'accompagne ma commande de gestes et j'obtiens malgré tout ce que je veux, c'est
bien là le principal.
15 H 45 passage de la douane entre la Slovénie et la Croatie. Nous traversons la Croatie depuis un moment, la différence de
paysages est saisissante, c'est tout plat, il n'y pas de relief et des champs de colza à perte de vue. Le ciel est gris, je n'ai pas très chaud
dans le car, la fatigue commence peut-être à me gagner ?
De 18 H à 19 H, dernière pause pour faire le plein des cars, nous en profitons pour boire une "pivo" (bière), les hommes sont
passés en 1er reçoivent une petite pivo (33 cl), les femmes passent après et ont une grande pivo (50 cl), à croire que les femmes boivent plus que les hommes.
Nous traversons Nustar, cette ville a été durement touchée par la guerre, les façades des maisons sont criblées de tirs de
balles, un vrai massacre.
Ce qui m'interpelle particulièrement c'est que certains villages ont été volontairement "rayés de la carte" tandis que dans
d'autres seulement 1 ou 2 maisons ont été visées, ce sont donc bien les habitants de ces villages ou de ces maisons qui ont été pris pour cible. Pourquoi ?
Vers 22 H nous franchissons la frontière pour sortir de Croatie, cette fois les passeports sont rigoureusement regardés (nous
ne les avions pas sortis pour rentrer en Slovénie), après quelques mètres nous franchissons la frontière pour rentrer en Serbie, elle se trouve tout près de l'endroit où a lieu la réception,
les douaniers sont copains avec nos hôtes, les formalités vont très vite. Nous sommes à Backa-Pallanka.
Là, l'accueil est on ne peut plus chaleureux, grandes embrassades entre les personnes qui se sont connues lors des précédents
échanges dans les deux sens, Un grand repas débutant par une soupe de poule à la crème nous attends, viennent ensuite plein de plats de différentes spécialités culinaires, ces plats ont été
confectionnés par les dames qui nous reçoivent, puis nous dansons, nous chantons tous en chœur. Une personne de la municipalité fait un tout petit discours pour nous souhaiter la bienvenue qui
est traduit par Almin, notre traducteur attitré (il a participé à tous les échanges), vient ensuite la répartition des français chez leurs hébergeants. Normalement je devais être reçue seule
chez une dame mais elle a un empêchement familial et je suis avec Françoise une choriste de la Viva PDL chez une autre dame qui, en raison de la maladie de son mari, s'est fait prêter un
appartement.
La dame qui devait me recevoir tient absolument à être prise en photo avec moi et celle qui nous reçoit veut une photo des
"ses deux françaises" elle me couvre de bisous, c'est vraiment touchant d'être accueillis de cette manière par des gens qui ont tant souffert de la guerre. Ils n'ont rien ou pas grand-chose,
mais un cœur "gros comme ça" et sont prêts à tout donner.
Arrivées à l'immeuble dans lequel se trouve l'appartement, elle ne veut absolument pas que nous portions nos bagages, elle
nous les prend d'office des mains et monte à toute vitesse les cinq étages avec tout notre barda. Elle fait venir le voisin (je pense que c'est le propriétaire) et nous nous installons sur des
sièges, nos essais de conversation avortent vite, le barrage de la langue, c'est terrible.
Nous avons une chambre et une salle de bains avec WC à notre disposition. Il n'y a qu'un petit lit, Françoise me le laisse.
Pour elle, elle pli le tapis en 2, je lui donne la couette pour faire une peu plus d'épaisseur. Moi je prends les vestes polaires en guise de couverture.
Avant de partir, elle nous remet le nécessaire pour le petit déjeuner, c'est-à-dire des dosettes 3 en 1 (café, lait, sucre) et
des gâteaux secs.
Une fois notre hôtesse et le voisin partis, nous prenons une douche. C'est une douche d'angle assez petite qui n'est pas
scellée au mur (pas de joint silicone) et sans pare-douche, ce qui devait arriver, arrive, je transforme la salle de bain en piscine, je nettoie comme je le peux pour que la copine puisse elle
aussi profiter des lieux.
Il est 1 H du matin, nous sommes tellement crevées que nous nous écroulons comme des mouches, nos pieds sont enflés. Entre le
moment où je me suis levée le 1er mai et le moment où je vais me coucher, c'est-à-dire le 3 mai à 1 heure du matin, cela fait 42 heures que je n'ai pas eu les jambes allongées.
Heureusement, dans les recommandations nous avions notamment celle de nous procurer des bas ou mi-bas de contention.
Petite anecdote de la soirée, une choriste a embarqué par erreur le sac de voyage d'un choriste, je pense qu'elle aura une
drôle de surprise en découvrant qu'elle se retrouve avec des affaires d'hommes, Quant à lui, je lui propose de mettre un soutien gorge sur son tee-shirt. Il a un chapeau en cuir et je le
surnomme Crocodile Dundee. Bon en fait l'échange de sacs a pu être fait le soir même et les deux choristes sont rassurés.
3 mai, Nous prenons notre petit
déjeuner mais notre hôtesse a oublié un petit détail, il n'y a rien pour chauffer l'eau, c'est donc avec de l'eau tiède et nos brosses à dents en guise de cuillères que nous délayons notre
sachet de café.
Le voisin frappe à notre porte et nous propose un café turc que nous acceptons avec plaisir puis, notre hôtesse vient nous chercher à 9 heures et nous emmène voir le marché de la ville, les fruits et légumes sont plus en avance qu'en PDL.
A un moment, nous passons devant un étalage de vêtements et je lui demande en m'aidant du dictionnaire si elle a des enfants
mais elle comprend que je veux acheter des vêtements pour enfants, elle appelle la vendeuse qui me fait l'article pendant un bon moment, les vêtements sont pour le moins démodés par rapport à
ce qu'il y a en France et à chaque habit qu'elle me montre je dis "né, né", elle en sort d'autres de sa réserve et j'arrive enfin à lui faire comprendre que je ne veux rien acheter, la pauvre
vendeuse à l'air complètement hébétée.
Ensuite nous demandons à nous promener le long du Danube (qui entre parenthèse n'est pas bleu mais vert). En face il y a la
Croatie, je vois une jolie église que je prends en photo, mon amie Françoise veut en faire autant mais notre hôtesse nous explique qu'il ne faut pas prendre de photos car les Croates
surveillent et tirent sur les gens. Psychose ou réalité ? À mon avis c'est plutôt la première hypothèse qui est la bonne. Nous rencontrons d'autres français qui nous disent n'avoir eu aucun
problème à photographier tout ce qu'ils ont voulu. Nous continuons la matinée avec notre hôtesse qui tient absolument à nous faire visiter le musée
de Tito, arrivée devant, elle se souvient que nous sommes dimanche et que le musée est fermé, qu'à cela ne tienne, nous irons visiter les écuries de Tito qui à mon humble avis ne doivent pas
être nettoyées tous les jours, il y règne une odeur nauséabonde, puis nous allons sur l'hippodrome et foulons la moquette verte de la tribune d'honneur qui est en état de décrépitude bien
avancée. Tito étant mort en 1980, l'hippodrome n'a pas dû servir depuis son décès. A un jour près c'est le 29 anniversaire de sa mort, c'est
peut-être sa façon de lui rendre hommage.
Nous retrouvons un groupe de français accompagnés des personnes qui les hébergent, un repas a été prévu pour nous dans une
maison de retraite. Nous rencontrons quelques résidents en train de regarder la télévision dans un petit salon. C'est le technicien (homme de maintenance) qui nous prend en charge, il parle un
peu l'anglais et Marie, la conjointe du chef de chœur de la Viva Med le parle un peu aussi, chacun essaie de placer un mot comme il le peut mais nous arrivons quand même à communiquer avec lui.
Le repas est très (trop) copieux, une soupe de poule (comme celle de la veille, la crème en moins), des crudités (betteraves et chou blanc) 2 parts
de poulet et une côte de porc, différents légumes + une purée de pommes de terre une part de gâteau et un café turc.
Pendant le repas nous discutons avec le technicien, c'est assez marrant, lorsqu'on parle de cinéma ou de chanson il nous cite
Jean-Paul Belmondo, Alain Delon, et Yves Montant mais ne connait pas notre Johnny national. A l'école il a étudié Victor Hugo, Baudelaire, Balzac mais dans quelle langue puisqu'il ne parle pas
le français ?
Nous visitons la chambre de deux résidentes, elle n'est pas très grande mais les dames disposent d'une terrasse. La maison de
retraite est très bien tenue et les habitants y semblent heureux, ils peuvent faire des activités, poterie, maquettes, il y a aussi une maison miniature en bois et en plâtre avec des escargots
incrustés dedans, c'est amusant. Quelques personnes viennent nous saluer, elles ont l'air contentes d'avoir de la visite.
A 15 heures nous nous retrouvons avec les différentes chorales pour la répétition générale, en plus de la Viva il y a les
chœurs de Backa et de Mol, la répétition dure jusqu'à 18 heures, la mise au point des différents chants est faite et les rôles de chefs sont distribués. Sur certains chants c'est Michel
Pelletier de Viva Auvergne qui nous dirige, pour d'autres c'est une chef de chœur "locale" et pour d'autres encore, c'est Guy Lacroute de la Viva Med.
Notre répertoire se compose de "peuple de la terre I et II" – Vivre Libre (version Balkans elle contient un couplet en
Bosnien) Kaj ja podoh na bendbasu (chant folklorique signifiant "Quand je suis allé à Bendbasu" – Al Muallim (chant de confession musulmane) – Ajde Jano (chant traditionnel serbe : une femme
propose à son ami Jano de vendre la maison, le cheval et la charrette et de danser le Kolo) – Otché nash (chant liturgique catholique) – Neka Cijeli ovaj svijet (laisser le monde entier) c'est
un chant très enjoué et Tebe Poem (chant liturgique orthodoxe). Pendant toute la tournée nous chantons ces chants avec les chorales locales (sauf à Pula) et les chorales locales ont leur
répertoire qu'elles chantent seules.
Après la répétition un diner nous est servi et à 20 heures 30 le concert commence. Avant le concert, le maire adresse à
l'assistance un discours de bienvenue dont la traduction me fait sourire, il est question de la "vénérable" assistance et de "l'honorable" chorale. Pour nous français ça nous paraît quelque peu
désuet comme termes, mais c'est mignon.
Je suis à la Viva depuis plusieurs années, nous avons commencé à chanter les Peuples de la Terre I et II pour le concert au
Zénith en avril 2007,(j'ai mis les paroles des ces deux chants à la fin de mon exposé), j'ai bien sûr toujours compris ce que je chantais mais je réalise qu'en fait je viens seulement de les
intégrer, toutes les images des maisons et des villages détruits me défilent devant les yeux, je vois ces gens qui ont risqué de vivre sous les bombes plutôt que de partir à l'autre bout du
monde… Je vois ceux qui attendaient que le monde protège ces villes assiégées, ce peuple pris au piège, Je vois ces gens qui s'embrassaient au lieu de se maudire et ceux qui se mariaient en
ignorant le pire. J'ai les poils qui se hérissent et la gorge nouée.
Lorsque nous chantons le chant " vivre libre" Serbes et Français sont mélangés et nous nous tenons soit par la main soit par
le cou, le contact physique renforce ce moment d'amitié c'est très important, toute l'émotion passe par là. Il y a une bonne centaine de spectateurs et tous semblent enchantés par ce qu'ils ont
entendu et applaudissent en se mettant debout, vient ensuite la traditionnelle remise de cadeaux et discours en Serbes traduits en Français par Almin.
Après le spectacle nous nous rendons à l'hôtel central, un buffet nous est servi avec différentes charcuterie et des fromages,
le tout est coupé très finement et c'est délicieux, la "pivo" coule à flot et à nouveau nous dansons tous ensemble, il n'y a plus ni Serbes, ni Croates, ni Bosniens, ni français seulement des
êtres humains qui chantent, dansent et rient ensemble, c'est formidable. Je me demande pourquoi cette guerre ? Comment des hommes peuvent tuer d'autres hommes, aucune ethnie, aucune religion ne
mérite qu'on s'entretue.
Nous regagnons notre logement, cette fois-ci encore notre hôtesse ne veut pas nous laisser porter nos sacs, heureusement il ne
s'agit que de nos sacs de concerts, ils ne contiennent donc que nos fringues et nos partitions.
Même scénario que la veille, nous préparons nos lits, nous nous douchons et nous nous couchons.
4 mai, Cette fois-ci pour le petit
déjeuner nous n'arrivons même pas à avoir de l'eau tiède, c'est donc à l'eau froide que nous tentons de délayer nos sachets mais sans succès. Une longue journée de car nous attend. Sur notre
feuille de route il est indiqué que nous avons rendez-vous à 8 H 30 devant l'hôtel central, sur celle de notre hôtesse le rendez-vous est marqué pour 10 H, renseignement pris auprès d'une
interprète, le rendez-vous a été reporté à 9 h 30.
Le seul mot français qu'elle connaisse est "manger" qu'elle dit en portant la main à sa bouche, j'ai le sentiment que ce mot
est lourd de sens dans son esprit. Nous allons prendre un café turc dans un café qui me paraît très "smart", après elle nous emmène dans un "super market", elle veut absolument que nous
choisissions des choses à manger, nous sommes gênées, nous ne connaissons pas les moyens financiers dont elle dispose, ne savons pas quoi prendre et nous ne voulons pas non plus la blesser en
ne prenant rien, finalement nous optons pour de l'eau, des gâteaux à apéro et deux fruits.
A 9 H 30 nous arrivons au point de rendez-vous et c'est les grandes embrassades, nous nous serrons très fort dans ses bras,
les larmes coulent de part et d'autre.
Elle va chercher une interprète pour nous expliquer qu'elle est présidente d'une association qui vient en aide aux veuves et
aux orphelins, cette association recueille des vêtements, des produits d'hygiène et des fournitures scolaires pour les redistribuer. Nous faisons passer le message autour de nous, une dame de
Clermont a apporté (sans raison particulière) une poignée de crayons billes, c'est avec grand plaisir qu'elle les lui donne, ce sont des crayons un peu fantaisie et cela fera des heureux.
Enfin, notre hôtesse nous remet à chacune le journal du jour dans lequel il est question de son association. Elle me donne les coordonnées de cette
association, je vais voir ce que je peux faire pour acheminer du matériel sur place ou envoyer des euros pour qu'elle puisse acheter ce dont elle a besoin et faire marcher le commerce local ce
qui me semble plus judicieux.
Avant de partir, elle nous donne à chacune un cadeau composé d'un petit flacon de déodorant, une savonnette et une brosse à
cheveux, je suppose que ce sont des produits qui ont dû lui faire cruellement défaut pendant la guerre, c'est avec grand cœur qu'elle nous remet ces "précieux" produits.
Ca y est, nous reprenons la route en direction de Sarajevo, les discussions vont bon train, nous échangeons nos impressions et
par moment nous piquons un petit roupillon. Après l'arrêt pique-nique et les différentes haltes techniques pour les cars nous arrivons à 21 Heures à Sarajevo. Le passage de douane entre la
Bosnie et la Serbie s'est fait sans problème. Ce qui me frappe, ce sont ces femmes que l'on voit par ci par là avec une vache au bout d'une longe se promenant le long de la route, les animaux
ne sont pas dans les champs, les champs ne sont pas cultivés pour les raisons évoquées dans le préambule de Michel Pelletier.
A notre arrivée, nous sommes accueillis dans la mairie "Novo Sarajevo". Nous sommes assis et nous avons une table devant nous.
Un jus de fruit nous est servi puis ensuite un café. Petit discours de bienvenue et répartition soit dans les familles, soit à l'auberge de jeunesse. Là aussi je devais être hébergée avec une
autre choriste chez un monsieur, mais sa maison est en travaux et il ne peut nous recevoir c'est donc à l'auberge de jeunesse que nous serons logées. Nous sommes 6 de la Viva Auvergne, 7 de la
Viva Med et 9 de la Viva PDL. Nous dînons tous ensembles les trois Viva mélangées. Cela nous donne l'occasion de nous rencontrer entre chorales et même à l'intérieur d'une même chorale. Le
travail par pupitre fait que souvent nous ne nous voyons que très peu dans une même chorale. C'est bizarre qu'il faille aller si loin pour se connaître.
5 mai, Le monsieur qui devait
m'héberger accepte de servir de guide pour visiter une partie de la ville, nous descendons à pied depuis l'auberge de jeunesse, nous commençons par
une partie de ville, nous rencontrons à plusieurs endroits des poteaux électriques sur lesquels figurent les photos et les noms de gens qui sont morts pendant la guerre, ensuite, nous arrivons
en forêt et de part et d'autre il y a des pierres tombales, plantées de ci de là comme des champignons, puis nos arrivons au monument aux morts de la force Pronu, il est effrayant, horrible
(quand je dis horrible, je ne parle pas de l'esthétisme mais de sa représentation). Je lis le nom de quelques Français qui sont morts ici, là encore ma gorge se serre, nous continuons sur le
sentier sinueux et nous arrivons sur une place, un groupe de messieurs âgés jouent à un jeu d'échec géant. Nous sommes à présent dans le centre de la ville, une guide prend la place du monsieur
et nous fait visiter les vielles rues de Sarajevo.
Comment peut-on décrire Sarajevo ?
J'ai choisi quelques extraits du livre de Franck Levasseur.
"Sarajevo, dis moi ce que je dois aimer de toi"
"Pour atteindre Sarajevo, il faut soit descendre des montagnes avoisinantes, soit se laisser tomber d'un de ces petits
capricieux nuages qui à tout moment peut se transformer en un épais brouillard…. Personne ne rejoint cet endroit mystique par accident. Je me suis senti soudainement comme un réfugié parmi tous
les réfugiés de la ville, et plus simplement comme un simple passant, un de ces quatre cent cinquante mille individus urbains.
Sarajevo n'est pas une place homogène, c'est mille impressions et sensations qui créent mille et un reflets de l'humanité…
C'est le portrait de Tito accroché sur les murs du café appelé "No Papak" (pas de paysan) situé sur les fondations d'un bâtiment de la période Yougoslave, où la bière est servie avec nostalgie
et des œufs durs en souvenir de temps anciens où la solidarité était un mot plein de sens…Ce sont ces vieux escaliers aux blanches pierres brillantes qui dévalent jusqu'au centre ville entre
les vieilles demeures…. Les Cevapi, saucisses de viandes, que l'on trouve partout dans Bascarsija, la vieille ville… Les vieilles pierres tombales en marbre blanc qui semblent jaillir du sol
comme des champignons ou qui jouent à cache-cache entre les arbres et les taillis… Les glaces extrêmement sucrées, crémeuses et plutôt bariolées…"
C'est aussi un théâtre refait à neuf dans le style de l'ancien (il y avait deux possibilités, raser tout et reconstruire à
neuf (solution la plus économique) ou restaurer en gardant le style de l'ancien, c'est la seconde solution qui a été choisie, gardant ainsi un cœur de ville. Un centre culturel, une
bibliothèque, des hauts bâtiments d'habitation criblés de balles, le souvenir des images vues à la télévision pendant les évènements me revient en mémoire, malgré moi j'ai l'impression de voir
les "snippers". Ce sont les églises Orthodoxes, les Mosquées, la cathédrale qui forment cette mosaïque culturelle et confessionnelle, ce sont
encore les vendeurs à la sauvette qui proposent des parfums de luxe à 5 euros pour les dames et des cigares gros comme des barreaux de chaise pour les messieurs.
Notre guide nous laisse dans le centre, j'en profite pour aller à la poste acheter des timbres, partout les euros sont
acceptés sauf dans les administrations, je dois donc faire deux fois la queue, une première fois pour faire le change de monnaie, la seconde pour acheter des timbres. Je retourne dans les
petites rues de la vieille ville acheter des cartes postales puis nous nous retrouvons avec un petit groupe de Français, nous rentrons dans un restaurant pour goûter les spécialités culinaires,
le restaurant où nous sommes en propose deux, une moitié d'entre nous en commande une, l'autre moitié prend la deuxième spécialité puis nous faisons les partages, ainsi nous goûtons à tout. Les
plus gourmandes d'entre nous vont dans un autre restaurant déguster une glace. Après m'être bien restaurée je vais acheter les cartes postales et comme il reste encore un peu de temps avant la
répétition je visite la cathédrale où je savoure cet instant de grand silence et de solitude qui m'aide à me ressourcer, puis je m'installe sur les marches extérieures et j'écris mes cartes
postales et les envoies.
16 Heures arrive nous nous rendons pour la répétition dans la salle "Maison de l'Armée", comme d'habitude, la répétition dure
plus longtemps que prévu. Outre les chants, il faut soigner la présentation sur scène et la montée sur scène qui change à chaque concert en fonction des installations techniques dont nous
disposons. La Viva est accompagnée des chœurs de Corona, Razonanca, Volkanie ansambl Bugojno. En fin de répétition nous avons tout juste le temps de manger le pique-nique qui nous a été préparé
pour le midi par l'auberge de jeunessse et nous mettre en tenue de scène.
19 H 30, c'est le grand moment, le concert commence. Nous avons la chance d'avoir une soliste pour Al Muallim, la jeune fille
a une très jolie voix, elle est accompagnée par deux guitaristes, c'est plus agréable que la bande son. Le public est assez nombreux et réceptif à ce que nous chantons. Pendant le Ajde Jano
nous perdons la mesure, Guy, le chef de chœur de la Viva Med nous fait les gros yeux, il n'est pas content, ça se voit.
Après le concert et les traditionnelles remises de cadeaux, un buffet-cocktail nous est servi, c'est un peu cérémonial, rien à
voir avec la réception de Backa-Pallanka. Je fais la connaissance d'un jeune couple, tous les deux parlent très bien le français, ils ont beaucoup aimé nos chants sur les droits de l'homme et
notre implication dans la reconstruction des différents pays. Le monsieur me fait rire, il me raconte que lorsqu'il apprenait le français il avait eu beaucoup de mal avec les liaisons, un peu
comme les petits enfants français qui disent "un oiseau " en faisant la liaison donc logiquement "des noiseaux", "un enfant, des nenfants" il
me dit avoir eu aussi des difficultés avec l'imparfait du subjonctif, là, je le rassure, même en France il n'est plus guère utilisé que par les
puristes de la langue française.
La soirée s'achève et nous regagnons l'auberge de jeunesse, (nous en sommes descendus le matin à pied, mais le soir nous
commandons des taxis pour remonter)
6 mai, Rendez-vous devant le musée
avant d'aller visiter Obrazovanje Gradi BH (l'éducation construit la Bosnie), c'est l'association créée par Jovan Divjak, elle s'occupe elle aussi des veuves et des enfants, avec les fonds recueillis, elle permet aux personnes d'aller passer une journée hors de
Sarajevo, il nous raconte qu'une fois, une journée a été organisée à la mer, les femmes sont émerveillées, elles restent à la terrasse d'un café, pour elles, c'est exceptionnel. Une autre fois
elles veulent tout simplement faire un marché.
L'association finance aussi des jeunes pour les études. Les enfants en primaire reçoivent l'équivalent de 35 euros, en collège
40 euros et en lycée 50 euros.
Il y a également un parrainage avec Emmaüs à Grenoble, des jeunes gens sont envoyés en université ou en Fac grâce à ce
parrainage. La Viva apporte son soutien à cette association, une somme de 1700 euros est remise à Jovan. Pour ceux qui le souhaitent, il y a la possibilité de parrainer les étudiants en allant
sur le site http://laviva.fr dans la rubrique "actions extérieures" et en cliquant
sur "Parrainez un enfant de Bosnie Herzégovine" l'imprimé date de 2004 mais en rayant la date pour mettre la date à laquelle vous souhaitez parrainer un enfant ça marche.
Jovan nous fait un petit discours de bienvenue, là aussi un jus de fruit nous
est servi puis ensuite un café, nous visitons l'association et faisons dédicacer le livre de Franck Levasseur
"Bye, bye Bosnia, i am going to Sarajevo" dont les bénéfices sont reversés à l'association.
Jovan nous informe que la liste des personnes considérées comme criminelles de guerre est sortie et qu'il est dedans. Je ne
sais pas quel rôle il a eu au début des évènements mais le fait qu'il ait rendu très rapidement ses galons de général pour recueillir un enfant orphelin et créer son association devrait jouer
en sa faveur, du moins je l'espère.
10 H 30 nous repartons pour Bugojno (Bosnie-Herzégovine), dans le car je me repasse le film de tout ce que j'ai vu à Sarajevo,
notre visite à l'association de Jovan et je pleure, je ne peux pas me retenir, je pleure et ça gagne ma voisine de car. Derrière nous il y a une infirmière qui se rend compte de notre état et
vient discuter un long moment avec nous, ça fait du bien de pouvoir parler, peu à peu nous arrivons à nous calmer mais c'est dur. Nous avons 3 infirmières avec nous, elles sont d'une
gentillesse et d'un dévouement formidables.
Nous arrivons vers 15 heures à Bugojno, comme d'habitude il y a eu les arrêts techniques pour les cars et le pique-nique qui
nous a été préparé par l'auberge de jeunesse de Sarajevo.
Les choristes logés à l'hôtel reçoivent leur clé de chambre et peuvent laisser leurs valises. Un "pot " d'arrivée nous est
servi, nous nous rendons ensuite dans la salle du Centre Culturel et Sportif pour la répétition qui dure jusqu'à 18 H 30, avec nous aujourd'hui nous avons les chœurs Volkani ansambl et
Corona. Après la répétition nous avons une heure pour manger et nous mettre en tenue de scène. Pour Al Muallim nous avons la même soliste, une
vraie "petite perle" à la voix pure et les mêmes guitaristes que la veille. A 19 H 30 concert, pour différentes raisons, il est assez inégal,
certains chants sont bien rendus, d'autres moins, la fatigue se fait peut-être un peu sentir ?
A 21 H 30 nous nous retrouvons pour un buffet cocktail, comme la veille, c'est un peu cérémonial et pas très garni, nous
sortons avec une petite faim. Nous profitons de l'attente du car qui doit nous ramener à l'hôtel pour faire quelques emplettes, à notre arrivée à l'hôtel nous nous installons, commandons des
"pivo" et prolongeons la soirée.
7 mai, à 9 h rendez-vous devant le
centre sportif de Bugojno et départ pour Buzet où nous arriverons aux environs de 18 H, ça papote ou ça dort dans le car. Lors de notre arrêt pique-nique qui a été préparé par l'hôtel, une
choriste de la Viva Auvergne se tord le pied en descendant du car, elle semble beaucoup souffrir, les infirmières s'occupent d'elle et l'aident à marcher jusqu'à l'endroit où a lieu le
pique-nique. Une fois le pique-nique terminé, son état de santé ne semble pas s'être amélioré, sa cheville est très enflée et décision est prise de l'emmener aux urgences, hélas pour elle, elle
ne terminera pas le voyage avec nous, elle reste plusieurs jours à l'hôpital avant son rapatriement qui ne se fera que le 13 mai. Nous prenons régulièrement de ses nouvelles, elle est avec 2
autres femmes, aucune ne parle la même langue, elles communiquent par gestes et se rendent compte que notre auvergnate et une des deux femmes parlent belge (flamand), elles peuvent ainsi
communiquer un peu toutes les deux.
Malgré tout, notre programme se poursuit, à 18 H 30 rendez-vous pour une petite répétition avec les chorales MPZ sokol et
Klapa Pinguentum. A 20 heures nous partons pour Pula qui n'est pas très loin et nous regagnons notre hôtel, tous les gens de la Viva sont logés dans le même hôtel. A 21 H 30 un repas chaud nous est servi à l'hôtel, nous sommes par petites tables, à la mienne nous discutons, nous racontons des anecdotes qui nous sont arrivées dans
nos différents métiers, nous rigolons beaucoup et ça fait énormément de bien.
Nous ne prolongeons pas trop tard la soirée car le lendemain nous avons une journée chargée.
8 mai, Nous avons rendez-vous à 9
heures pour une visite guidée de Pula, c'est une très jolie ville au bord de l'Adriatique en Croatie, elle faisait partie de l'empire Romain et actuellement il reste encore une forte communauté
italienne. Nous visitons les arènes, l'amphithéâtre et ses sous sols, il y a une collection impressionnante d'amphores.
Pula est une ville riche qui n'a pas souffert de la guerre, cela se voit. En raison de la forte communauté italienne et de la
proximité de l'Italie, si la guerre était arrivée jusque là, les Italiens et l'Europe en général auraient réagi beaucoup plus vite.
Après le repas qui nous est servi à l'hôtel nous avons un peu de temps libre avant la répétition, nous en profitons pour aller
sur la plage, certains se risquent même à se tremper les jambes, il fait très beau mais l'eau n'est pas très chaude.
17 H répétition générale, pour certain morceaux nous serons dirigés par la chef le chœur locale, elle a du tempérament, elle
nous fait répéter je ne sais pas combien de fois le Tebe Poem, ce morceau est truffé de points d'orgue, ceux qui connaissent la musique comprennent ce que cela signifie. Autant de chefs de
chœur, autant d'interprétations différentes, et on répète et re-répète, ce n'est jamais comme elle veut. Enfin après je ne sais combien de fois, elle a le sourire et lève le pouce pour nous
signaler que c'est bon. La répétition a duré tellement longtemps que nous n'avons pas le temps de manger, nous mettons nos habits de concert et celui-ci débute. En première partie il y a une
chorale Italienne que nous verrons un peu mais n'entendrons pas ayant été mis à la porte des lieux. Après l'exécution de cette chorale nous pouvons entrer ainsi que les chorales de Pula. Dans
son discours le maire parle de la chef de chœur, Almin traduit "cette ambitieuse" chef de chœur, je pense dans un premier temps que c'est une traduction un peu approximative, mais non, c'est la
réalité. Tout le monde est sur scène soit à peu près 150 choristes, nous sommes serrés les uns contre les autres. Pendant la répétition la chef de chœur a exigé que les gens de la Viva se
poussent sur les côtés et que ses choristes soient au centre. Dans un premier temps, c'est un chœur d'hommes qui chante, ils sont en demi cercle, une basse et un ténor dirige chacun leur
pupitre, Ils chantent très bien, les graves sont magnifiques. Avant que nous commencions à chanter une jeune fille fait son numéro, cela ressemble plutôt à de la variété et nous ne voyons pas
ce que ça vient faire dans ce concert. Enfin nous avons le droit de prendre nos places, le Tebe Poem est annoncé mais la chef de chœur ne vient pas, elle se fait attendre, enfin Michel
Pelletier va la chercher en coulisses et arrivée à son pupitre elle met d'office la baguette de chef d'orchestre dans les mains de Michel qui la lui redonne aussitôt puisqu'il a été décidé que
c'était elle qui le dirigeait et qu'elle nous l'a fait répéter. On sent une certaine tension. Elle refuse que nous chantions Al Muallim, nous n'avons pas de soliste cette fois ci et la bande
son ne lui convient pas. Nous pensons qu'il s'agit là d'un mauvais prétexte. Elle a dirigé de mauvaise grâce le Tebe Poem qui est un chant orthodoxe, refuse Al Muallim qui est un chant
musulman, par contre pour Otché nash qui est un chant catholique, non seulement elle le dirige avec fierté mais en plus nous avons droit a un accompagnement au piano. Dans les précédents
concerts, les chorales locales ont toujours chanté avec nous Peuple de la terre I et II et comme je l'expliquais plus haut pour le chant "vivre libre" nous nous mélangions entre chorales pour
nous tenir par le cou, par le bras ou par la main. Là rien de tout ça, pendant que nous chantons les peuples de la terre les choristes locaux discutent entre eux, se donnent des coups de coude
et rigolent. De même pour le "vivre libre", on sent nettement qu'ils n'en ont rien à faire. Nous sommes en rage. Après le concert, un repas nous est servi dehors et certains choristes entament
Al Muallim, pour ce qui me concerne, je ne sais pas quelle attitude adopter, nous ne sommes pas des colonisateurs, nous n'avons donc pas à imposer nos choix et nos idées, d'un autre côté je me
sens brimée de n'avoir pu chanter ce morceau, dans le doute, je préfère m'abstenir, je chante mais seulement mentalement.
Nous regagnons notre hôtel tout en discutant de ce que nous venons de vivre. Nous avons préparé une chanson pour Almin, afin
de ne pas gêner les clients de l'hôtel, nous nous mettons au fond du parking et lui chantons, c'est touchant de voir ce grand gaillard d'1 M90 taillé comme un roc être ému aux larmes par cette
chanson toute bête. Nous lui remettons aussi une foule de petits cadeaux récoltés dans l'après midi auprès de tous les choristes de la Viva. Il y a un peu de tout, des bonbons, des proverbes
français, du chocolat, des timbres poste et ça le fait beaucoup rire. Michel fait le point avec nous sur le concert et nous dit "on voit que vous aviez "la rage", c'est le meilleur concert que
vous ayez fait" comme quoi…. !
9 mai, Départ de Pula à 9 heures en
direction de Mestre (tout près de Venise). Nous nous arrêtons en route et la Viva Auvergne remet à chaque choriste les pique-niques du midi et du lendemain midi. Nous arrivons à Mestre vers 13
heures, prenons possession de nos chambres, Je vais dans la chambre d'autres choristes avec qui je m'entends bien, nous mangeons notre pique-nique et nous partons pour Venise. Il y a un arrêt
bus tout près de l'hôtel, nous descendons du bus dans le centre de Venise.
Nous traversons plein de petites rues étroites, montons et descendons des petits ponts, il fait beau et c'est magnifique, une
dentelle architecturale, il y a du monde partout, c'est superbe. Nous avons tout notre temps pour flâner, écouter un musicien sur verres, regarder une femme asiatique fabriquer des sauterelles
avec des brins d'herbe, c'est d'une finesse remarquable, admirer les nombreux masques de carnaval, les boutiques vendant des objets des verreries de Murano (là je craque, je m'achète une
parure, pendentif et boucles d'oreilles) c'est un autre genre de dépaysement.
Nous prenons le temps de boire une grande bière bien fraîche servie avec des olives et autres amuse-bouche, une vraie
récréation. Nous avons comme seul impératif d'être rentrés à 21 H pour le repas. Que c'est bon, que c'est beau, la place San Marco, le palais des doges, l'église "della salute". On dit toujours
"voir Venise et mourir" ce qui est d'ailleurs faux, la véritable expression étant voir "voir Naples et mourir", je n'ai pas vu Naples, j'ai vu Venise et je ne veux pas mourir, j'ai bien
l'intention d'y retourner pour un séjour d'au moins 4 à 5 jours pour bien profiter de tout.
Pour rentrer à l'hôtel, nous prenons le "vaporetto" qui nous ramène sur la place où se trouvent les bus, puis le bus et nous
arrivons pile à l'heure pour le repas.
Normalement, la tournée était prévue à l'envers, c'est-à-dire en commençant par l'Italie et en finissant par la Serbie, je
pense que c'est mieux de l'avoir fait ainsi, nous avons vu ce qu'il y a de plus dur pour finir par la "Dolce Vita".
10 mai, Départ de Mestre à 9 H, c'est
encore une longue journée de car qui nous attend, vers 13 heures nous laissons les amis de Viva Med à Milan et continuons notre route en direction de Clermont-Ferrand où nous arrivons aux
environs de 23 H. Je suis hébergée pour la nuit dans une famille, la dame est choriste dans une autre chorale que dirige Michel Pelletier. Elle est institutrice en maternelle, je ne sais pas ce
que fait son mari. La jeune fille de la maison passe une épreuve de bac blanc le lendemain, elle me salue puis va se coucher. Après le repas je reste un moment à discuter avec la dame puis, la
fatigue venant je vais moi aussi me coucher, il est déjà 1 H du matin. Je passe une très mauvaise nuit, je fais des cauchemars épouvantables. Pendant la tournée, après les longues journées de car ou les heures de répétitions et de concerts, je me couchais et dormais comme une souche. Là tout ce que
j'ai vu remonte dans mon pauvre cerveau et me torture littéralement, c'est horrible.
11 mai, mon covoiturier passe me
chercher et nous repartons à 4 (les mêmes qu'à l'aller) en direction de Saumur. Une petite halte le midi pour manger un morceau puis arrivés à Saumur nous buvons une dernière "pivo" avant de
rentrer chacun chez soi.
Voila, le récit de mon voyage est terminé, je peux vous assurer qu'on ne revient pas d'un tel voyage dans le même esprit qu'en
partant.
Mes grands-parents, mes parents ont connu la guerre, nous, nous avons la chance
de ne l'avoir jamais connue et aux plus jeunes d'entre vous qui lirons ce récit je demande d'œuvrer pour que jamais vous ne soyez confrontés à un tel évènement. Dans les trois pays que j'ai
parcourus, il reste des séquelles matérielles, bien sûr, mais le pire ce sont les séquelles morales, le souvenir des personnes mortes pendant la guerre, du génocide, des personnes déportées, de
la faim, du manque d'hygiène, ce sont des traces indélébiles. Chacune des communautés fait des efforts pour vivre ensemble mais on voit bien que le
chemin est long avant d'arriver à une paix réelle et définitive. C'est, entre autre, par les échanges culturels que tous ensemble nous y parviendrons.
CANON DE LA PAIX
Ecoutez, le temps viendra
Les hommes connaîtront la Vérité
le lion s'étendra près de l'agneau
Et nous fondrons nos piques pour des faux
Et des socs pour des herses
la paix sera notre combat
Faîtes que ce temps vienne
"Peuples de la terre 1"
Ils sont jeunes et beaux ces enfants de la terre,
Nomades insoumis, ces artistes sans frontières.
Ils sont nos amis pour la vie toute entière
Habillés de ciel bleu ils nous viennent bras ouverts.
Ils cultivent dans ce jardin leur idée du bonheur,
Ils sèment sur ce terrain mille sortes de fleurs,
Mille espèces, mille races, qui s'unissent et s'accueillent,
De grands arbres qui s'embrassent aux caresses de leurs feuilles.
Têtes blondes ou cheveux noirs aux ciels d'été, aux vents d'hiver,
Herbes folles, fruits sauvages, ils survivent dans un désert.
Ils se moquent des querelles de conscience ou de prière,
Leur époque les appelle à devenir solidaires.
Un chœur plein d'étoiles dans un ciel enchanteur,
Des voix de cristal dans un cri de bonheur,
Un chœur qui veut croire aux élans fraternels,
Les voix de l'espoir pour des chants immortels.
Ils nous viennent d'une ville ou d'un village qui a souffert,
Ils s'en tiennent au difficile apprentissage de la misère,
Mais ils retissent leur avenir et rebâtissent leur histoire
Qui recommence à refleurir dans le silence de leur mémoire.
"Peuple de la terre 2"